L’Autre.

L’Autre fait sourire, l’Autre fait pleurer, l’Autre aime, l’Autre est aimé, l’Autre donne vie, l’Autre a reçu la vie, l’Autre est partout, l’Autre est tout mais l’Autre est unique. L’Autre c’est toi, toi et moi, juste moi, ou bien lui, elle, eux. L’Autre est singulièrement pluriel.

Je n’ai jamais su placer ma confiance en quelqu’un avant une certaine personne. Je n’ai jamais souhaité me livrer à quelqu’un car cet Autre m’effrayait. J’avais peur de l’Homme et de sa férocité, peur de tout ce que cela impliquait d’être humain : l’amour, la souffrance, l’extase, la volupté, la frénésie, la jalousie et la malhonnêteté (etc). Pendant longtemps j’ai fait de mes souffrances un puzzle : j’avais en effet besoin d’en parler avec mes proches, mais partiellement. Je ne voulais pas qu’une seule et même personne en sache trop. Ou bien suffisamment pour me connaître. Je voulais être méconnu des Autres, je ne voulais pas que ma souffrance intérieure se voit. En fait je crois que le pouvoir de l’Autre m’a toujours effrayé. Tout petit déjà, j’ai vite compris l’impact que pouvaient avoir les Autres sur une seule personne. Alors comment peut-on bien vivre en communauté quand la peur des autres est aussi intense ? Quand le moindre acte dépréciatif vous accable de douleur ? Vous ronge et vous malmène ?

Un regard, un mot, un geste : tout peut être déterminé à partir d’un petit rien.

Pendant longtemps je me suis entouré d’une multitude de personnes pour pallier cette peur. Prendre le risque. Du moins en théorie. Car en pratique c’était tout autre chose. Je n’ai pas eu autant d’amis que ce que beaucoup de mes proches pensent. J’ai joué la comédie. J’ai souri, ma fibre sociable m’a guidé vers les autres mais ne m’a jamais réellement lié à eux. J’appréciais le fait d’être entouré d’une foule de personnes, sans n’avoir rien à devoir à personne. Puisqu’à qui doit-on des comptes quand on ne confie rien ? A nous-même en fin de compte.

J’ai encore un peu perdu foi en l’humanité quand, lors d’une soirée (j’avais 15 ans à l’époque), on s’en est pris à moi à cause de ma… différence ? Pour ne pas parler de ma sexualité. Je ne suis pas un martyr, je n’ai pas été harcelé pendant toute ma scolarité mais j’ai subi les coups, la haine de personnes qui avaient le même âge que moi. Cela a laissé suffisamment d’échos en moi pour que la plaie ne se referme pas complètement. Le pire ? Cet acte facile et public. J’ai connu les coups de poings parce qu’on voyait en moi autre chose. A croire qu’il y avait une plate et même copie d’un garçon de 15 ans à laquelle s’adapter et se conformer. Plein de personnes ont connaissance de cela, plein de personnes se sont tues. J’en veux à ceux qui n’ont rien fait, ceux qui n’ont rien dit pour protéger leurs amis. Mais je remercie surtout les quelques personnes qui m’ont beaucoup aidé.

Par la suite je crois que j’avais trop peur de moi-même pour aimer l’Autre à sa juste valeur. Le simple fait d’être moi m’effrayait ; il y avait tant de gens proches les uns des autres, que cette répulsion de l’Autre m’a fait douter de moi, de ma capacité à aimer quelqu’un comme il “le fallait”. Comme s’il y avait une façon toute faite d’aimer quelqu’un.

En effet, il en faut du courage pour oser se donner à l’Autre, il en faut de la confiance en soi et en Autrui pour lui confier le pouvoir de vous anéantir.

 

Plein de belles choses,

xx Paul

(Aujourd’hui mes pensées sont adoucies, peace)

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(crédit photo : Mathilde Biron / @youcallmechaton)
6 replies on “ L’Autre. ”
  1. J’ai pas encore lu l’article, je vais me coucher là, mais je voulais tout de même laisser un petit mot pour te dire : OMG ce que ton blog est CANON! Le design est topissime! Suis jalouse! Bien joué mon petit Paul! 💋❤️

  2. Salut. Je te suivais sur Facebook et là je viens d’arriver sur ce blog. Et bon, je n’ai lu que les trois derniers articles mais j’ai vraiment bien aimé. J’aime ta façon d’écrire, de parler de tout comme de l’acné ou de l’amour. J’aime beaucoup le design du blog. Voilà, continue comme ça et merci d’écrire des textes aussi intéressants

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